Le forum se densifie : plus de débats, plus de participants, plus d’animations. Quelques brèves sur des ateliers suivis (c’est qu’il faut trouver le temps d’écrire, quand on est en réunion de 9h à 21h!
Une vraie convergence sur la Souveraineté alimentaire et un peu d’innovation
Habituellement, il existe dans les forums sociaux une kyrielle de types de rencontres : ateliers, séminaires, assemblées… Ici, à Malmö, ce sont les réunions classiques avec speakers et débats avec la salle qui ont été largement privilégiées, faute de disponibilité de petites salles.
L’assemblée sur la souveraineté alimentaire a fait en partie exception. Avec un travail en petits groupes, dit « world cafe », où se mêlent francophones, anglophones, hispanophones…, avec des niveaux de connaissance variés sur le sujet… Et cela marche, même si le temps imparti est bien court. A refaire donc, et le plus souvent possible ! Un peu de créativité suffit à vraiment démocratiser une réunion.
Cette méthode fait ressortir des propositions pour avancer ensemble, complétant celles de la demi-douzaine de séminaires sur le sujet. On croise ici des représentants de Via Campesina, du réseau Forum des Autorités Locales (dit « Red FAL », présenté par la maire-adjointe d’Aubagne comme le réseau des élus « altermondialistes »), de Synapismos, des Rouges et Verts danois, du Comité pour l’abolition de la dette (CADTM), du Collectifs qui se met en place pour le boycott de Monsanto (on fera prochainement rue de Malte un débat avec Marie-Monique Robin auteure du film « Le monde selon Monsanto »)…
3 ou 4 propositions vont être mises en œuvre ces prochaines semaines :
- Un court texte de propositions de politique européenne de l’agriculture et de l’alimentation, à inclure dans le maximum de programmes des listes qui se présenteront aux prochaines élections européennes : en effet, ce sera le prochain PE qui sera chargé de voter la PAC d’après 2013 ;
- décliner le Forum ayant eu lieu en 2007 à Nyéléni au Mali au niveau européen, sans doute en 2009 (pour tout savoir : www.nyeleni2007.org). Mise en place d’une liste de diffusion spécifique ;
- instaurer une journée européenne de la souveraineté alimentaire, occasion de manifestations un peu partout ;
- s’impliquer totalement dans la prochaine Marche Mondiale des Femmes, dont la souveraineté alimentaire sera un thème central sur tous les continents.
Nathalie et Emile
Vers Belem et le FSM
Une grosse réunion, toute pleine de vedettes de l’Altermondialisme sous chapiteau, pour ce séminaire « Le Forum Social Mondial de Bélem et le futur du FSM »
Après une demi-heure d’attente (les personnalités indispensable tardant à finir la réunion précédente ou à sortir de table), et les multiples réglages des fréquences de traduction, la réunion commence enfin par une intervention d’une militante équatorienne . Elle explique qu’elle est convaincue que les forums sont des lieux essentiels, notamment pour les latino-américains, pour de définir de nouvelles stratégies. Ils sont aussi un lieu important pour échanger et mener des débats, notamment celui de la plurinationalité. Ce sont en effet, les forums qui ont permis l’émergence récente de cette question-clé en Amérique Latine.
Ce type de rencontres est aussi le lieu de création de nouveaux agendas pour poursuivre les expériences qui se développent sur le continent sud-américain et les étendre vers d’autres lieux. Les réflexions sur la plurinationalité et l’égalité des droits entre les peuples peuvent directement profiter à l’Asie ou l’Océanie par exemple.
Gus Massiah intervient ensuite pour présenter une synthèse des réflexions du Conseil International quant au débat stratégique (synthèse basée sur les contributions envoyées sur le site du FSM).
1. Analyse du contexte
• Le FSM a désormais presque 10 ans : le contexte a inévitablement évolué, particulièrement depuis septembre 2001 qui a marqué le passage du néo-libéralisme au néo-libéralisme de guerre.
• Le néolibéralisme connaît une succession de crises liées les unes aux autres (économique, alimentaire, environnementale…). Mais cette crise structurelle ne se traduit pas par un effondrement du système. Sommes-nous dans une transition de sortie du néo-libéralisme et vers quoi déboucherait cette éventuelle sortie ? Manifestement, rien ne permet d’affirmer que l’altermondialisme profiterait mécaniquement de cette crise.
• Par ailleurs, la prise de conscience globale de la crise écologique est en réel progrès.
• Ensuite, nous connaissons une réelle crise idéologique et morale. Le renforcement de toutes les formes de répressions est indéniable.
• Enfin, les représentations géopolitiques ont changé : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine prennent de plus en plus de place dans les enjeux mondiaux et ces grandes régions réagissent de façons très différentes quant à l’hégémonie américaine. Elles ne sont pas pour autant les championnes du combat altermondialiste.
2. Etat du mouvement
• Le mouvement altermondialiste est un mouvement antisystémique qui conteste le néolibéralisme. Mais ce n’est pas le seul mouvement antisystémique : nationalismes, idéologies religieuses…
• Le mouvement se revendique comme un mouvement historique de long terme. Il se place dans un processus et n’oublie pas les antécédents (mouvements ouvriers, anticolonialisme…). Il s’en sert notamment en reprenant les formes de contestation.
• Le mouvement a été l’occasion de nouvelles alliances. Par exemple, en Amérique Latine, femmes, paysans et indigènes ont fait converger leurs luttes. Il existe aussi aujourd’hui une quarantaine de plateformes mondiales qui sont la conséquence d’une réelle convergence des mouvements.
• Le FSM n’est qu’une des composante de ce mouvement.
3. Capacité à promouvoir des actions
Les FSM donnent une visibilité aux luttes. Ils permettent :
• de rendre visible la dimension mondiale des luttes, y compris locales.
• de mettre en évidence la dimension citoyenne des luttes en soulignant qu’elles ne sont pas seulement sociales.
• l’émergence d’une nouvelle culture politique : horizontalité, activités autogérées…
• la mise en évidence d’une proposition d’alternatives stratégiques. On peut organiser chaque société et le monde en dehors d’une régulation par le marché.
4. Perspectives
• Il a été acté que le FSM ne prend pas de décisions d’action. Il doit faciliter le regroupement pour la mise en place des actions et leur développement.
• Il ne doit pas seulement être un regroupement ponctuel mondial. Plutôt que tous les ans, il est proposé tous les deux ans et les actions décentralisées (locales, régionales, nationales…) doivent être favorisées.
• A la suite de Nairobi, un guide de principes a été rédigé. Il est disponible sur le site Internet.
Suit l’intervention d’une des organisatrices du prochain forum, pour un point plus axé sur Bélem : Il y a 10 ans, lors du premier FSM, régnait l’impression que le néo-libéralisme était victorieux. Aujourd’hui, on le dit en crise.
Mais il faut prêter attention au fait que le capitalisme a été capable d’intégrer certains éléments de la critique altermondialiste. Un bon exemple est celui de la critique écologique.
En Amérique Latine se construit un discours qui peut et doit dépasser ses frontières, ainsi que des connexions qui permettent ce dépassement. Par exemple, l’Amazonie connaît une concentration des formes de résistance, ce qui permet un développement de luttes radicales sur les questions environnementales.
Présentation des premiers jalons du programme des sept jours (!) du FSM de Bélem :
• Première journée d’accueil festive.
• Travail sur la Panamazonie qui regroupe 7 pays. Présentation des débats et perspectives dans un objectif d’échange avec les autres pays.
• Les trois jours suivants seront dédiés à des activités autogérées, avec la volonté de développer des ateliers et des activités culturelles.
• L’avant-dernier jour sera thématique (eau, travail, …) avec pour perspective de favoriser les convergences et les rencontres et d’avancer sur un agenda au sujet d’au moins une dizaine de thèmes.
• Le dernier jour sera consacré à une fête de clôture.
Une des questions épineuses de ce forum qui se déroulera en Amérique Latine : certains présidents s’inviteront. Comment la présence de présidents peut ne pas poser de problèmes ? Comment faire pour que leur présence puisse être constructive plutôt que problématique ? En outre, il est nécessaire d’être très prudent quant à une éventuelle récupération de ce type de présences.
Rachel et Mathieu
Pour les curieux, des notes dessinées de cette réunion :
De la chaleur latino
De loin, les sculptures de femmes crucifiées n’engagent guère… (une œuvre « en hommage aux victimes de l’intolérance religieuse »). C’est pourtant sur ce carré de pelouse que s’organise l’espace latino-américain. Des Vénézuéliens, des Boliviens, des Colombiens, des Brésiliens… et leurs soutiens nordiques qui semblent nombreux. Des affiches à la gloire de Morales, de Chavez, du MST brésilien… Et aussi des empanadas, des alfajores et d’autres confiseries latino… mais pas d’alcool… Suède oblige ! De la musique aussi. Une très jeune femme vénézuélienne, robe de senorita, chante avec une voix tout à fait étonnante sur une bande préenregistrée, puis a capella. Une petite foule se groupe et balance en rythme. Elle finit par remercier les organisateurs : c’est la première fois qu’elle voyage. Descendant de la scène, ses parents l’attendent pour lui offrir des confiseries.
Toute une partie du forum est consacré aux relations entre l’Europe et l’Amérique Latine. L’espoir de beaucoup est de l’autre côté de l’Atlantique, plus au sud. L’ambiance est là.
Nathalie & Emile
« Les politiques migratoires et commerciales européennes »
Deux mots sur un séminaire pris en cours de route mais qui proposait une approche très intéressante de la problématique migratoire. Beaucoup de Français parmi les 70 participants… Allez savoir pourquoi ! Je ne pourrais pas retracer tout ce qui s’y est dit mais les intervenants tour à tour ont souligné à leur manière l’interdépendance des problématiques migratoires et du commerce international. En effet, les migrations internationales, parfois présentées comme les conséquences du système économique mondial, ont été analysées comme des outils à part entière de ce système, notamment par le biais des accords bilatéraux où les migrants sont les otages d’un marchandage commercial. Par conséquent, les intervenants ont insisté sur le fait que les politiques migratoires et les politiques commerciales ne peuvent être dissociées ni dans l’analyse, ni dans la recherche de solutions. Il ne s’agit d’ailleurs que d’une seule et même réalité : l’exploitation des peuples du Sud par ceux du Nord. Les consommateurs du Nord, quand ils exigent des marchandises bon marché, soutiennent l’exploitation des travailleurs du Sud dans leur pays. Et pour ce qui est d’obtenir des services bon marché, ce sont les migrants, légaux ou non, qui sont exploités dans les pays du Nord. La défense des droits des migrants est donc partie prenante de la lutte politique contre le système capitaliste.
Blandine
« Palestine : Stop the Wall ! »
Plusieurs ateliers portaient sur la Palestine 60 ans après la Naqba. J’ai suivi celui sur les actions de solidarité à développer pour faire condamner la politique d’Israël et le contraindre à respecter les conventions internationales. D’entrée Michel Warshawski de l’Alternative Information Center à Bethléem a expliqué pourquoi le mouvement de boycott d’Israël pouvait au final aider ce dernier. Pour lui, Israël a besoin de limites ; sa politique le conduit tout droit au désastre. « Arrêtez-nous, car nous ne pouvons nous arrêter seuls » est la demande qu’il fait au monde civilisé qu’Israël a quitté. Le boycott se développe bien au Royaume Uni où syndicats, collectivités et citoyens s’unissent dans l’action. Ce pays et l’Espagne a aussi pu traduire les criminels de guerre devant les tribunaux, ce que la Belgique ne peut plus faire depuis le changement de loi. Ensuite le représentant de l’action « Stop the Wall » en Palestine nous explique que le mur dans son tracé sinueux abrite en fait des zones industrielles où sont réimplantés en particulier des industries polluantes. Une quinzaine de zones existent ou sont en construction. D’autres actions de solidarité sont expliquées en Europe (Italie, Norvège, GB).
Gilles
Pas des mass(-media)
Nous nous dirigeons, un peu en retard vers la salle censée accueillir l’atelier sur les mass-media. Quelques personnes dans la pièce, mais aucun intervenant. Au bout de vingt minutes sans animateur, un des volontaires de l’organisation du forum vient nous informer qu’il n’a aucune idée de qui sont les intervenants ni de l’éventualité qu’ils arrivent un jour. Il nous propose d’en profiter pour lancer la discussion entre nous. Plutôt bonne idée pour rattraper l’un de ces nombreux problèmes d’organisation qui contribuent sérieusement à altérer le mythe de la rigueur nordique… La petite assemblée semblait séduite lorsqu’un homme se lève, nous explique en anglais que les media, c’est justement son sujet. Il se pose devant le tableau son marqueur à la main, plutôt ambiance salle de cours au collège et commence un exposé sur… l’uranium appauvri. Il évoque certes les media de temps à autre mais il faut une dose certaine d’imagination pour saisir le lien !
Nous avons tenu approximativement 8 à 9 minutes avant de sortir de la salle avec la tenace sensation d’avoir vécu un instant dans un monde parallèle. Mais d’un mal peut naître un bien : nous avons alors parcouru les stands du forum, plus nombreux et animés qu’hier, en prenant le temps de partager idées, expériences et contacts dans cet agréable fourmillement international !
Blandine et Rachel







