Les Alternatifs au Forum Social Européen 2008 (Malmö)

septembre 8, 2008

Bonjour,

voici le blog de la délégation des Alternatifs au Forum Social Européen 2008 à Malmö. Le FSE, tel que nous le voyons au jour le jour. Bonne lecture.

FSE 2008 : Globalement positif ?

septembre 24, 2008

Quelques enseignements du 5e Forum Social Européen ;

Tirer un bilan d’un événement de cette ampleur est toujours un exercice délicat. La multiplicité des situations, le nombre d’évènements, de contextes, de points de vue est tel qu’une synthèse sera forcément discutable. Nous assumons cette part de subjectivité. Et, entre le partage de nos ressentis quotidiens (de l’utilité d’être nombreux et d’échanger tous les soirs sur ce que nous avions vu) et quelques constats factuels, nous espérons donner des éléments concrets pour se faire une idée du Forum.

1.    Toujours jeune, pluriel et dynamique.
Nous avions fortement craint lors de l’ouverture du 5e FSE que cette édition s’avère un flop. L’arrivée progressive des participants jusqu’au week-end nous a rassurée : le Forum  Social Européen reste événement populaire. À regarder les participants, on arrive vite à la conclusion qu’il s’agit d’un groupe très varié tant au niveau des nationalités, sociologiquement*, politiquement… Les jeunes y sont toujours beaucoup plus présents que dans les espaces politiques et syndicaux français. La sensation de dynamique portée par le Forum est sans doute en partie liée à cette moyenne d’age peu élevée.

2.    Mutation
Il y a une évolution manifeste de la composition du forum en termes de structures : Les structures caritatives et les ONG environnementalistes apolitiques sont bien moins présentes (Par exemple, Oxfam, jadis omniprésent…) et les structures politiques, elles, le sont bien plus. Ici aussi, on peut noter une évolution visible : le paysage politique représenté dans le forum implique un pas à gauche : les sociaux-démocrates étaient bien moins présents, contrairement à l’ensemble des nébuleuses de la gauche communiste et post-communistes, des écologistes de gauche nordique et de l’extrême gauche. À noter aussi la présence en force, lors de  la manifestation de clôture du forum, des mouvements autonomes et anarchistes.

3.    Stéréotypes nordiques.
Défions nous des stéréotypes ! Par exemple, nous avions misé sur la réputation de sérieux et de rigueur des nordiques. Hors la réalisation de ce Forum a fortement écorné cette image. Les problèmes d’organisation ont été tels qu’on peut même se demander si le Comité d’Organisation Nordique (NOC) n’était pas simplement techniquement incapable de réaliser le FSE (cf. le représentant des Volontaires s’effondrant en larmes lors de l’AMS, parce qu’ils n’étaient pas suffisamment en nombre pour démonter toutes les installations). Or cela semble incompréhensible quand on regarde la composition du NOC, qui regroupe toutes les grandes structures progressistes nordiques. Il paraît dès lors évident qu’une partie de ces structures ne se sont pas vraiment impliquées, mais aussi qu’un événement de cette ampleur représentait un changement d’échelle radical pour la tradition militante nordique. Ceci confirmé par l’écho dans la population de l’ampleur de la manifestation ; “la plus grosse depuis le Vietnam” Ce qui laisse songeur.
Et que dire de l’étalement du Forum ? 6 Km (presque pas fléchés) pour aller à l’espace des Novox. Une dizaine de KM pour le campement de Via Campesina et 50 km (!) jusqu’au campement de la jeunesse à Höör !

4. Anglais partout, internationalisme nulle part ?
Le mouvement altermondialiste s’était démarqué dès son origine par le travail de fond fait sur les questions de traductions. Il était hors de question d’imposer à tous les participants de ne parler qu’une langue, en particulier quand il s’agit de la langue du marché et de l’Empire.Ce Forum est, de ce point de vue, un échec total. Le NOC a rogné en permanence le budget du réseau de traducteurs bénévoles Babels, le système de traduction ALICE s’est avéré inopérant et les trois quarts des réunions se sont déroulées uniquement en anglais. On aurait tort de penser qu’il s’agit là uniquement d’un problème technique.Le NOC a délibérément ignoré ou minoré toutes les questions liées au multilinguisme, jusqu’à publier un programme uniquement en suédois et en anglais. Il s’agit là d’un véritable recul. Une assemblée en Français et Italien (Charte des principes pour une autre Europe) n’a pas été traduite en Suédois … c’est un comble. Encore plus rageant ; les traducteurs ont fait un boulot énorme pour … rien quand les radios ne fonctionnaient pas.

5.Échec de l’Assemblée des Mouvements Sociaux ?
L’Assemblée des Mouvements Sociaux (AMS) était devenue une sorte de « parlement » des Forums. Se réunissant, sous la forme d’un gros atelier à plusieurs reprises durant les premiers jours du FSE, elle concluait le forum par une déclaration reprenant le calendrier des mobilisations et soulignant les axes forts de l’altermondialisme aujourd’hui. Fruit de négociations et de compromis, cette déclaration était assez représentative des initiatives les plus dynamiques à l’échelle européenne. C’est ainsi que, à la veille de la 2éme guerre en Irak, elle avait initié la mobilisation internationale contre la guerre. Or cette année, la déclaration de l’AMS est pour le moins sommaire. Il faut y voir à la fois de gros problèmes d’organisations (les réunions préparatoires de l’AMS ont été rares et organisées diffcilement ) et elle n’était même pas annoncée dans le programme du FSE (le NOC n’a jamais compris ou voulu comprendre son importance.). Mais c’est surtout de vraies divergences politiques qui ont compliqué la tâche. La crise de la gauche italienne, l’investissement d’une partie des animateurs de l’altermondialisme  sur des lises électorales mais surtout la proximité de sélections européennes (Et des divergences de fond sur la stratégie à mener durant cette période) … Est-ce pour cause de divisions indépassables ou faute d’une meilleure proposition ? Quoi qu’il en soit, le la déclaration a été largement écourtée.

6. La grande absence : la journée féministe
La journée spécifique sur la lutte féministe a elle aussi fait les frais des problèmes d’organisation. C’est l’un des principaux acquis des FSE qui tend, petit à petit, à disparaitre.

7. À l’Est, du nouveau
Plus, bien plus positive, est la présence de militant des pays de l’Est, y compris de la CEI. Les Ukrainiens s’offrant même le luxe d’un cortège lors de la manifestation. Voilà qui donne une perception bien plus large de l’Europe que sa limitation habituelle au membre de L4Union Européenne.

8 . Réussite nordique
L’ampleur de la mobilisation nordique est, de l’avis de militant suédois, historique. Il faudrait remonter à la guerre du Vietnam pour voir autant de gens dans la rue. Par ailleurs, la préparation de ce forum a forcé les organisations nordiques à travailler ensemble, or elles reconnaissaient à la clôture du forum qu’il s’agissait là aussi d’un vrai progrès. Ainsi des perspectives de travail syndical entre Suède, Norvège, Finlande et Danemark sont envisagées grâce au forum.

9. Avancée de certains réseaux, stagnation ou reflux d’autres
Difficile pour l’instant de mesurer précisément ce que ce forum aura représenté pour les différents réseaux européens. Nous pouvons peut-être pointer que , pour les Alternatifs, cela aura permis de poursuivre et renforcer le travail en réseau autour de la souveraineté alimentaire ; Le FSE aura aussi été l’occasion d’aborder la question de la décroissance à l’échelle européenne.Par contre, en termes de rapport entre organisations rouges et vertes, le résultat est ténu.Nous nous réjouissons tout de même d’avoir rencontré l’Alternative Démocratique, organisation suédoise pour la démocratie radicale et l’écosocialisme.

10.Maintient de l’horizontalité …
La dimension « auto-organisée » et non hiérarchique du forum est maintenue, même si l’exercice de fusion forcée d’ateliers pour cause d’un trop faible nombre de salles ne s’est pas fait sans problèmes. Par contre, ces rapprochements ont fait émerger les différences de points de vue dans les séminaires et assemblées, vrai progrès pour creuser le débat (Démocratisation des institutions européennes avec divergences entre élus et mouvements sociaux – voir article ; ou Souveraineté alimentaire, qu’il a falu préciser notament en faisant la différence avec “sécurité” alimentaire).

11 … et donc problème de lisibilité.
Ce qui renvoie aussi à la complexité pour percevoir d’une façon générale le forum.Il faudrait cependant être candide pour croire que la très faible couverture de l’événement en France (seul Politis et l’Huma semble avoir suivi de près le forum) serait dû à cette absence de lisibilité. Il s’agit bien là d’un choix rédactionnel et politique.

12. Nulle Part Ailleurs
Est-ce une mauvaise nouvelle ? Sil y avait des militants du PCF et une poignée de Verts, la LCR/NPA avait manifestement décidé de ne pas s’investir dans cette édition du forum.

13. Importance de l’Amérique Latine
Une ombre plane sur l’altermondialisme européen, c’est l’Amérique Latine. Le poids que prend ce continent dans les forums, même quand ils concernent d’autres continents, est symptomatique des enjeux politiques cruciaux qui s’y joue pour la gauche. On comparera l’importance des délégations sud américaines, l’existence même d’un village « Amérique latine » à l’absence pratiquement complète de l’Afrique Noire.

14. Nos frontières de l’Europe
Enfin, on se réjouira que le prochain FSE se tiendra à Istanbul, contestant ainsi par les faits, les découpages des continents suivant des théories de chocs des civilisations basées sur des définitions ethnico-religieuses de ces « civilisations ».

Ces 14 points, tout comme les infos que nous avons pu glaner sur le prochain FSM nous amènent à la fois à affirmer la dynamique continue de l’altermondialisme, y compris en Europe, et la crise des structures progressistes européennes. Voilà qui interroge sur le fonctionnement et les capacités des structures telles que l’Assemblée Préparatoire Européenne, qui aurait dû faciliter et régler les problèmes techniques, mais qui est encourageant sur le devenir de l’altermondialisme comme phénomène politique au long cours.

Mathieu Colloghan, Gilles Kuntz, Nathalie Marcu et Richard Neuville

pour la délégation des Alternatifs

* Il s’agit ici de fortes spéculations : nous sommes partis de l’hypothèse que les messieurs en costard chic, coupe de cheveux poivre et sel impeccable et hôtel en centre ville et les jeunes en battle-dress, dreadlocks avec la maison sur leurs vélos, ne venaient pas de mêmes couches sociales Dumoins, ils ne partageaient pas les mêmes codes vestimentaires !

Une (toute petite) vidéo pour raconter aussi le FSE en images (sur Daylymotion) avec le lien ci-dessous :

Malmö en photo

L’agenda européen des mouvements sociaux

septembre 22, 2008

Traditionnellement, les forums européens se terminent par deux points d’orgue. D’une part, un grand meeting unitaire reprenant des positions consensuelles (protection de la nature, justice sociale, démocratie, paix…) avec quelques personnalités, le tout destiné à marquer symboliquement la fin du forum. D’autre part, l’Assemblée des mouvements sociaux, moment particulièrement important de l’agenda altermondialiste où sont annoncées les grandes mobilisations de l’année qui font consensus parmi les organisateurs.
Cette année, ces deux réunions rentraient en concurrence. En effet, le Comité d’Organisation Nordique souhaitait particulièrement valoriser un grand moment unitaire qui aurait le maximum d’impact sur la population locale. Cela se traduisait par le fait de l’organiser à la fin du week-end quand le plus de Suédois seraient présents. Ceci au grand damne des autres organisations qui a avaient peur de voir l’Assemblée des mouvements sociaux minimisée. Date, heure et lieu de cette assemblée n’ont cessé de changer au gré des négociations entre organisateurs. Finalement, le dimanche matin, avec deux heures de retard, un changement de lieu in-extremis, l’assemblée débutait devant une grande salle comble.

La réunion commence par le sketch devenu habituel de la recherche de fréquence pour les traductions. Citons par exemple, l’animatrice italienne de l’assemblée demandant en anglais si des français ne comprennent pas l’anglais… Finalement, il n’y aura pas de traduction radio, les seules traductions auront lieu par chuchotages de proche en proche.

C’est un usage quasi protocolaire de donner ensuite la parole aux chevilles ouvrières du forum, à savoir les Volontaires qui ont assuré la gestion de tous les problèmes techniques et les traducteurs. L’exercice ne s’est pas déroulé comme prévu. Le représentant des Volontaires a appelé au secours les participants, expliquant qu’ils avaient d’environ 300 personnes pour le démontage des infrastructures du Forum avant de s’effondrer en larmes. Quant au traducteur du réseau Babels, il a profité de l’occasion pour mettre les pieds dans le plat sur les problèmes récurrents de traduction qui ont traversé le FSE 2008 du début à la fin, accusant le Comité Nordique de n’avoir pas tenu ses engagements. Il est vrai que le Forum pour des non-anglophones était particulièrement difficile à suivre.

Un des représentants du Comité Nordique est venu présenter les excuses du Comité avec beaucoup d’humanité et a expliqué combien, avec si peu de forces vives, il avait été difficile d’organiser le Forum. Il a tenu aussi à préciser la dimension réellement de l’événement. C’était la première fois que les organisation des pays nordiques parvenaient à travailler ensembles. Ce précédent ouvre des perspectives de luttes communes pour la suite.

Pendant que des militants altermondialistes allaient prêter main forte aux Volontaires, l’Assemblée des mouvements sociaux a pu aborder l’agenda des mobilisations à venir. Les mobilisations porteront sur l’opposition à la casse libérale dans tous les domaines, la crise financière, la flambée des prix, la crise alimentaire, les privatisations, le démembrement des services publiques, l’évolution de la PAC, l’Europe forteresse, les carences des droits démocratiques et la répression des mouvements sociaux, les accords économiques internationaux, les interventions militaires à l’étranger, les bases militaires de l’OTAN et la réaffirmation que des alternatives existent pour une justice globale, la paix, la démocratie et l’environnement.

Parmi les prochains rendez-vous :
une journée internationale de mobilisation contre l’OTAN le 4 avril 2009 pour le 60e anniversaire de l’organisation atlantiste sur le modèle de la journée mondiale contre la guerre initiée à Florence.
une journée internationale de mobilisation contre le changement climatique le 6 décembre 2008.
une mobilisation en Sardaigne en juillet 2009 contre le G8.

Les organisateurs ont égrainé toute une série d’autres mobilisations pour la fin de l’année 2008 et toute l’année 2009.

La réunion s’est terminée par une invitation solennelle des membres du Forum Social Turc à venir participer nombreux au 6e Forum Social Européen en septembre 2010 à Istanbul. Ils ont conclu leur intervention sous les applaudissements par : “Un autre monde est possible, construisons-le ensemble !”

Mathieu et Rachel

Suédoise, jeune, dynamique…

septembre 21, 2008

Depuis le début du forum, nous avions une inquiétude sur l’ampleur de la participation des nordiques. Entre l’affichage discret, l’éclatement des lieux de réunion et donc, une difficulté à percevoir le forum dans son ensemble, nous nous interrogions sur l’ancrage et l’impact local du FSE.
La manif d’hier après-midi a été une agréable surprise.
Dès le matin, de nombreux ateliers affichaient complet et dans la ville on croisait souvent des coupe-vents si caractéristiques des syndicats nordiques et Belges.
A partir de 13h, le parc du rassemblement a commencé à se remplir de manifestants, de drapeaux et de banderoles. Il faudra 2 heures pour remplir le parc et 4 heures pour traverser la ville de part en part dans un cortège à l’image de l’altermondialisme ; jeune, coloré et dynamique.

Quelques composantes de la manif :

Les deux principales composantes étaient les syndicats et les partis politiques. Les ONG caritatives ou environnementalistes, tellement présentes dans d’autres forum (Oxfam, Greenpeace, …), étaient invisibles.
Coté syndicats ; en force les deux confédérations belges avec des cortèges particulièrement conséquents, puis Solidaires, et enfin quelques drapeaux de IG Metal, de la CGIL, de la CGT, des COBAS et de divers syndicats européens. Via Campesina avait un cortège tout aussi remarquable, alors même que la mobilisation à Annecy ce week-end, à l’occasion du Conseil des ministres de l’agriculture, hypothéquait leur présence. Sous le drapeau vert de ce mouvement paysan international, des femmes, des jeunes scandaient et dansaient au rythme d’une Batucada ; un cortège qui donnait une image particulièrement vivante de ce syndicat paysan.

Coté associations ; on notera un important cortège d’ATTAC, notamment mené par ATTAC Allemagne, là encore jeune et dynamique. Pour les autres, c’est la diversité et le nombre de banderoles et de sujets que le nombre de personnes derrière ces banderoles qui peut être souligné ; une association protestante et une autre contre l’intégrisme, des anti-guerre, des végétaristes, des défenseurs de la gratuité.
Coté partis politiques ; L’imposante délégation des     Alternatifs, qui a fusionné en cours de route avec l’Alternative démocratique (Demokratiskt Alternativ), un mouvement suédois défendant la démocratie locale et l’éco-socialisme, a fait son effet, d’autant qu’il s’agissait du seul mouvement politique français apparaissant en tant que tel. Synapismos ou Refondation (PRC) ont défilé derrière la banderole du Groupe des Parlementaires Européens, la GUE.

La tonalité générale était à la radicalité ; Un imposant cortège libertaire-autonome déclinait toutes les compositions chromatique possible avec le noir : noir et vert pour les anarco-antispécistes, noir et rose contre l’homophobie, noir et rouge, plus syndical, noir et noir (plutôt autonome).
Défilaient également les chapelles de l’extrême gauche dans leurs composantes nordiques ; trotskistes, maoïstes, 5ème internationale, …

La place importante accordée à l’Amérique latine se retrouvait physiquement dans la manifestation avec des délégations et des réseaux de soutien locaux. Cela s’explique autant par une forte tradition nordique de solidarité avec les peuples latino-américains que par l’importance des perspectives ouvertes par la situation politique en Amérique latine.
Tout le travail d’ouverture vers l’Est, serpent de mer des Assemblées Préparatoires Européennes depuis 1 an, a trouvé une visibilité au travers pour la première fois de cortèges venant de la CEI. Ainsi on a pu entendre l’Organisation Marxiste ukrainienne scander :  Kapitalism NIET, Oportunism NIET, Socialism DA !
Les turcs, organisateurs du prochain FSE (Istanbul 2010) étaient aussi fortement attendus. Derrière la banderole du Forum social turc, la forte délégation laisse augurer de bonnes dispositions et, nous l’espérons, un nouveau souffle pour les forums européens.

Sans reprendre à notre compte la formule d’un militant de Synapismos (« la manifestation a sauvé le forum », nous dirions tout de même qu’elle nous a rassuré quant à la réalité de l’implication suédoise et à la dimension populaire de ces évènements (Estimée à 15-20 000 manifestants, à comparer à la dernière manifestation suédoise d’une telle ampleur, contre la guerre … au Vietnam !).

Dimanche, le forum se conclut par l’Assemblée des mouvements sociaux et une cérémonie de clôture. Nous vous raconterons ça quand nous en aurons fini avec notre périple de retour.

Encore des ateliers…

septembre 20, 2008

Le forum se densifie : plus de débats, plus de participants, plus d’animations. Quelques brèves sur des ateliers suivis (c’est qu’il faut trouver le temps d’écrire, quand on est en réunion de 9h à 21h!

Une vraie convergence sur la Souveraineté alimentaire et un peu d’innovation

Habituellement, il existe dans les forums sociaux une kyrielle de types de rencontres : ateliers, séminaires, assemblées… Ici, à Malmö, ce sont les réunions classiques avec speakers et débats avec la salle qui ont été largement privilégiées, faute de disponibilité de petites salles.

L’assemblée sur la souveraineté alimentaire a fait en partie exception. Avec un travail en petits groupes, dit « world cafe », où se mêlent francophones, anglophones, hispanophones…, avec des niveaux de connaissance variés sur le sujet… Et cela marche, même si le temps imparti est bien court. A refaire donc, et le plus souvent possible ! Un peu de créativité suffit à vraiment démocratiser une réunion.

Cette méthode fait ressortir des propositions pour avancer ensemble, complétant celles de la demi-douzaine de séminaires sur le sujet. On croise ici des représentants de Via Campesina, du réseau Forum des Autorités Locales (dit « Red FAL », présenté par la maire-adjointe d’Aubagne comme le réseau des élus « altermondialistes »), de Synapismos, des Rouges et Verts danois, du Comité pour l’abolition de la dette (CADTM), du Collectifs qui se met en place pour le boycott de Monsanto (on fera prochainement rue de Malte un débat avec Marie-Monique Robin auteure du film « Le monde selon Monsanto »)…

3 ou 4 propositions vont être mises en œuvre ces prochaines semaines :
-    Un court texte de propositions de politique européenne de l’agriculture et de l’alimentation, à inclure dans le maximum de programmes des listes qui se présenteront aux prochaines élections européennes : en effet, ce sera le prochain PE qui sera chargé de voter la PAC d’après 2013 ;
-    décliner le Forum ayant eu lieu en 2007 à Nyéléni au Mali au niveau européen, sans doute en 2009 (pour tout savoir : www.nyeleni2007.org). Mise en place d’une liste de diffusion spécifique ;
-    instaurer une journée européenne de la souveraineté alimentaire, occasion de manifestations un peu partout ;
-    s’impliquer totalement dans la prochaine Marche Mondiale des Femmes, dont la souveraineté alimentaire sera un thème central sur tous les continents.

Nathalie et Emile

Vers Belem et le FSM

Une grosse réunion, toute pleine de vedettes de l’Altermondialisme sous chapiteau, pour ce séminaire « Le Forum Social Mondial de Bélem et le futur du FSM »

Après une demi-heure d’attente (les personnalités indispensable tardant à finir la réunion précédente ou à sortir de table), et les multiples réglages des fréquences de traduction, la réunion commence enfin par une intervention d’une militante équatorienne . Elle explique qu’elle est convaincue que les forums sont des lieux essentiels, notamment pour les latino-américains, pour de définir de nouvelles stratégies. Ils sont aussi un lieu important pour échanger et mener des débats, notamment celui de la plurinationalité. Ce sont en effet, les forums qui ont permis l’émergence récente de cette question-clé en Amérique Latine.
Ce type de rencontres est aussi le lieu de création de nouveaux agendas pour poursuivre les expériences qui se développent sur le continent sud-américain et les étendre vers d’autres lieux. Les réflexions sur la plurinationalité et l’égalité des droits entre les peuples peuvent directement profiter à l’Asie ou l’Océanie par exemple.

Gus Massiah intervient ensuite pour présenter une synthèse des réflexions du Conseil International quant au débat stratégique (synthèse basée sur les contributions envoyées sur le site du FSM).

1. Analyse du contexte
•    Le FSM a désormais presque 10 ans : le contexte a inévitablement évolué, particulièrement depuis septembre 2001 qui a marqué le passage du néo-libéralisme au néo-libéralisme de guerre.
•    Le néolibéralisme connaît une succession de crises liées les unes aux autres (économique, alimentaire, environnementale…). Mais cette crise structurelle ne se traduit pas par un effondrement du système. Sommes-nous dans une transition de sortie du néo-libéralisme et vers quoi déboucherait cette éventuelle sortie ? Manifestement, rien ne permet d’affirmer que l’altermondialisme profiterait mécaniquement de cette crise.
•    Par ailleurs, la prise de conscience globale de la crise écologique est en réel progrès.
•    Ensuite, nous connaissons une réelle crise idéologique et morale. Le renforcement de toutes les formes de répressions est indéniable.
•    Enfin, les représentations géopolitiques ont changé : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine prennent de plus en plus de place dans les enjeux mondiaux et ces grandes régions réagissent de façons très différentes quant à l’hégémonie américaine. Elles ne sont pas pour autant les championnes du combat altermondialiste.

2. Etat du mouvement
•    Le mouvement altermondialiste est un mouvement antisystémique qui conteste le néolibéralisme. Mais ce n’est pas le seul mouvement antisystémique : nationalismes, idéologies religieuses…
•    Le mouvement se revendique comme un mouvement historique de long terme. Il se place dans un processus et n’oublie pas les antécédents (mouvements ouvriers, anticolonialisme…). Il s’en sert notamment en reprenant les formes de contestation.
•    Le mouvement a été l’occasion de nouvelles alliances. Par exemple, en Amérique Latine, femmes, paysans et indigènes ont fait converger leurs luttes. Il existe aussi aujourd’hui une quarantaine de plateformes mondiales qui sont la conséquence d’une réelle convergence des mouvements.
•    Le FSM n’est qu’une des composante de ce mouvement.

3. Capacité à promouvoir des actions
Les FSM donnent une visibilité aux luttes. Ils permettent :
•    de rendre visible la dimension mondiale des luttes, y compris locales.
•    de mettre en évidence la dimension citoyenne des luttes en soulignant qu’elles ne sont pas seulement sociales.
•    l’émergence d’une nouvelle culture politique : horizontalité, activités autogérées…
•    la mise en évidence d’une proposition d’alternatives stratégiques. On peut organiser chaque société et le monde en dehors d’une régulation par le marché.

4. Perspectives
•    Il a été acté que le FSM ne prend pas de décisions d’action. Il doit faciliter le regroupement pour la mise en place des actions et leur développement.
•    Il ne doit pas seulement être un regroupement ponctuel mondial. Plutôt que tous les ans, il est proposé tous les deux ans et les actions décentralisées (locales, régionales, nationales…) doivent être favorisées.
•    A la suite de Nairobi, un guide de principes a été rédigé. Il est disponible sur le site Internet.

Suit l’intervention d’une des organisatrices du prochain forum, pour un point plus axé sur Bélem : Il y a 10 ans, lors du premier FSM, régnait l’impression que le néo-libéralisme était victorieux. Aujourd’hui, on le dit en crise.
Mais il faut prêter attention au fait que le capitalisme a été capable d’intégrer certains éléments de la critique altermondialiste. Un bon exemple est celui de la critique écologique.
En Amérique Latine se construit un discours qui peut et doit dépasser ses frontières, ainsi que des connexions qui permettent ce dépassement. Par exemple, l’Amazonie connaît une concentration des formes de résistance, ce qui permet un développement de luttes radicales sur les questions environnementales.

Présentation des premiers jalons du programme des sept jours (!) du FSM de Bélem :
•    Première journée d’accueil festive.
•    Travail sur la Panamazonie qui regroupe 7 pays. Présentation des débats et perspectives dans un objectif d’échange avec les autres pays.
•    Les trois jours suivants seront dédiés à des activités autogérées, avec la volonté de développer des ateliers et des activités culturelles.
•    L’avant-dernier jour sera thématique (eau, travail, …) avec pour perspective de favoriser les convergences et les rencontres et d’avancer sur un agenda au sujet d’au moins une dizaine de thèmes.
•    Le dernier jour sera consacré à une fête de clôture.

Une des questions épineuses de ce forum qui se déroulera en Amérique Latine : certains présidents s’inviteront. Comment la présence de présidents peut ne pas poser de problèmes ? Comment faire pour que leur présence puisse être constructive plutôt que problématique ? En outre, il est nécessaire d’être très prudent quant à une éventuelle récupération de ce type de présences.

Rachel et Mathieu

Pour les curieux, des notes dessinées de cette réunion :

De la chaleur latino

De loin, les sculptures de femmes crucifiées n’engagent guère… (une œuvre « en hommage aux victimes de l’intolérance religieuse »). C’est pourtant sur ce carré de pelouse que s’organise l’espace latino-américain. Des Vénézuéliens, des Boliviens, des Colombiens, des Brésiliens… et leurs soutiens nordiques qui semblent nombreux. Des affiches à la gloire de Morales, de Chavez, du MST brésilien… Et aussi des empanadas, des alfajores et d’autres confiseries latino… mais pas d’alcool… Suède oblige ! De la musique aussi. Une très jeune femme vénézuélienne, robe de senorita, chante avec une voix tout à fait étonnante sur une bande préenregistrée, puis a capella. Une petite foule se groupe et balance en rythme. Elle finit par remercier les organisateurs : c’est la première fois qu’elle voyage. Descendant de la scène, ses parents l’attendent pour lui offrir des confiseries.

Toute une partie du forum est consacré aux relations entre l’Europe et l’Amérique Latine. L’espoir de beaucoup est de l’autre côté de l’Atlantique, plus au sud. L’ambiance est là.

Nathalie & Emile

« Les politiques migratoires et commerciales européennes »

Deux mots sur un séminaire pris en cours de route mais qui proposait une approche très intéressante de la problématique migratoire. Beaucoup de Français parmi les 70 participants… Allez savoir pourquoi ! Je ne pourrais pas retracer tout ce qui s’y est dit mais les intervenants tour à tour ont souligné à leur manière l’interdépendance des problématiques migratoires et du commerce international. En effet, les migrations internationales, parfois présentées comme les conséquences du système économique mondial, ont été analysées comme des outils à part entière de ce système, notamment par le biais des accords bilatéraux où les migrants sont les otages d’un marchandage commercial. Par conséquent, les intervenants ont insisté sur le fait que les politiques migratoires et les politiques commerciales ne peuvent être dissociées ni dans l’analyse, ni dans la recherche de solutions. Il ne s’agit d’ailleurs que d’une seule et même réalité : l’exploitation des peuples du Sud par ceux du Nord. Les consommateurs du Nord, quand ils exigent des marchandises bon marché, soutiennent l’exploitation des travailleurs du Sud dans leur pays. Et pour ce qui est d’obtenir des services bon marché, ce sont les migrants, légaux ou non, qui sont exploités dans les pays du Nord. La défense des droits des migrants est donc partie prenante de la lutte politique contre le système capitaliste.

Blandine

« Palestine : Stop the Wall ! »

Plusieurs ateliers portaient sur la Palestine 60 ans après la Naqba. J’ai suivi celui sur les actions de solidarité à développer pour faire condamner la politique d’Israël et le contraindre à respecter les conventions internationales. D’entrée Michel Warshawski de l’Alternative Information Center à Bethléem a expliqué pourquoi le mouvement de boycott d’Israël pouvait au final aider ce dernier. Pour lui, Israël a besoin de limites ; sa politique le conduit tout droit au désastre. « Arrêtez-nous, car nous ne pouvons nous arrêter seuls » est  la demande qu’il fait au monde civilisé qu’Israël a quitté. Le boycott se développe bien au Royaume Uni où syndicats, collectivités et citoyens s’unissent dans l’action. Ce pays et l’Espagne a aussi pu traduire les criminels de guerre devant les tribunaux, ce que la Belgique ne peut plus faire depuis le changement de loi. Ensuite le représentant de l’action « Stop the Wall » en Palestine nous explique que le mur dans son tracé sinueux abrite en fait des zones industrielles où sont réimplantés en particulier des industries polluantes. Une quinzaine de zones existent ou sont en construction. D’autres actions de solidarité sont expliquées en Europe (Italie, Norvège, GB).

Gilles

Pas des mass(-media)

Nous nous dirigeons, un peu en retard vers la salle censée accueillir l’atelier sur les mass-media. Quelques personnes dans la pièce, mais aucun intervenant. Au bout de vingt minutes sans animateur, un des volontaires de l’organisation du forum vient nous informer qu’il n’a aucune idée de qui sont les intervenants ni de l’éventualité qu’ils arrivent un jour. Il nous propose d’en profiter pour lancer la discussion entre nous. Plutôt bonne idée pour rattraper l’un de ces nombreux problèmes d’organisation qui contribuent sérieusement à altérer le mythe de la rigueur nordique… La petite assemblée semblait séduite lorsqu’un homme se lève, nous explique en anglais que les media, c’est justement son sujet. Il se pose devant le tableau son marqueur à la main, plutôt ambiance salle de cours au collège et commence un exposé sur… l’uranium appauvri. Il évoque certes les media de temps à autre mais il faut une dose certaine d’imagination pour saisir le lien !
Nous avons tenu approximativement 8 à 9 minutes avant de sortir de la salle avec la tenace sensation d’avoir vécu un instant dans un monde parallèle. Mais d’un mal peut naître un bien : nous avons alors parcouru les stands du forum, plus nombreux et animés qu’hier, en prenant le temps de partager idées, expériences et contacts dans cet agréable fourmillement international !

Blandine et Rachel

Brochette d’ateliers

septembre 19, 2008

Des petits morceaux croustillant aux gros morceaux qu’il faudra doucement digérer.

ASSEMBLEE GENERALE DES PRECAIRES (chômeurs, travailleurs pauvres.)

C’était la première étape de trois réunions prévues sur ce thème.
L’essentiel fut le constat que l’offensive contre les chômeurs et les travailleurs pauvres du capitalisme est européenne. Que ce soit la destruction de tous les acquis des chômeurs, la diminution des allocations ou les conditions de leur maintien (radiations en séries), le combat est quotidien partout. Il est envisagé de faire (ou d’alimenter) un site (ou une revue) avec un comparatif des statuts existants en Europe afin d’être un outil de prise de conscience des exclus qui, pris la “ tête dans le guidon“  de leur difficulté, ne s’engagent pas dans la lutte, ne militent pas ou peu.

Le deuxième sujet abordé fut le projet d’une marche européenne se concluant le 17/10/2010, année de «l’Europe contre la pauvreté ». Le délai de préparation (1 an et demi) et le décalage avec l’urgence de la situation qui s’aggrave, font que ce dernier point sera l’objet d’autres discussions. Cette proposition vient d’un mouvement de chômeurs belges et elle est liée à la présidence belge  de l’Union Européenne. Cette manifestation devrait se terminer à Bruxelles.
Encore deux plénière et nous verrons.

Alain

Une mayonnaise turquo-belge

« Lutte contre les organismes génétiquement modifiés en Turquie + Privatisation du rail. »
L’intitulé même de l’atelier est un peu surprenant ; c’est l’un des fruits étranges du travail de fusion des trop nombreux ateliers proposés. Ici, la solution retenue était de partager en deux temps une même salle … ce qui ne s’est pas fait. Cet atelier n’a en effet pas échappé à la grande tradition de la première journée de forum (réunions annulées ; déplacées ; absence de traduction, voire des intervenants …). Après avoir attendu vainement les intervenants pendant une heure, les participants ont décidé d’auto-organiser la discussion ; débat compliqué car la moitié des participants venaient parler de la privatisation des rails belges et allemands et l’autre moitié de la lutte contre les OGM dans les différents pays d’Europe.
Etrangement, ce mélange de deux débats a semblé fonctionner jusqu’à l’arrivée des intervenants belges sur la question du rail qui, du coup, ont fait retomber cette curieuse mayonnaise belgo-turque.
Une petite magie altermondialiste, où l’envie d’échanger et de travailler ensemble compte plus que la composition de la tribune.

Mathieu

De la charte pour une autre Europe à la Démocratie

Depuis les victoires françaises et néerlandaises du non au TCE, un réseau s’est constitué autour d’un projet alternatif de charte pour une autre Europe. Les Alternatifs, Refondazione, la GUE, ATTAC Allemagne et ATTAC France, la fondation Copernic, ou de grosses centrales syndicales … ont participé à la rédaction de cette charte. C’est dans cette dynamique qu’une réunion pour Construire des Institutions démocratiques pour l’Europe était organisée.

Il était amusant de voir le contraste entre les députés européens présents défendre une mobilisation pour redonner au parlement ses pleins pouvoirs démocratiques, et les représentants des associations (ATTAC, ARCI) exiger la création de nouveaux espaces publics de démocratie.
Le débat était passionnant. Il a permis d’aborder la démocratisation des institutions en Europe, sujet important rarement approfondi lors des forums.

Nathalie

Travailleurs migrants sans papiers : le point de vue des syndicats

Cet atelier a d’abord présenté la situation des travailleurs agricoles qui a fait l’objet d’une enquête approfondie par les syndicats (voir les sites de l’EFFAT ou agri-info.eu). Des brochures en 17 langues sont distribuées aux migrants à leur entrée aux frontières. Un syndicaliste souligne que la libéralisation qui fait perdre les protections sociales d’abord aux migrants tend à tirer les droits de tous vers le bas et donc la lutte pour les droits des migrants est la lutte pour la défense des droits de chacun. Une syndicaliste de le CGIL italienne présente la situation de l’immigration de travailleurs dans la Péninsule. Des quotas de travailleurs migrants sont fixés ; ceux-ci bien inférieurs aux besoins créent les travailleurs sans papiers avec la complicité du gouvernement et des patrons. Les nouvelles lois répressives contre les migrants font souvent passer des travailleurs légaux dans l’illégalité et la complexité des 45 types de contrats de travail peuvent conduire aussi à cette situation. L’intervenante conclue par demander le droit de vote des étrangers pour permettre une amélioration de leurs droits.
Le débat a insisté sur l’importance des sans papiers en Europe (12 millions recensés par les syndicats quand l’UE n’en compte que 9). Serge Guichard du PCF dit que le but recherché est de maintenir les travailleurs dans la peur en régularisant au cas par cas et en liant le statut des migrants au patron via le contrat de travail. Cette expérimentation sur le dos des migrants sera élargie à tous et donc le combat pour les droits des migrants est aussi le combat pour tous les travailleurs.

Gilles

Médias

On en est resté baba !
Nous étions revenus de l’ouverture du forum un peu dépités : ciel gris, pas énormément de monde et ambiance morose.
Les médias suédois n’ont pas vu la même chose.
Södra innesrtads tidningen fait sa Une et un dossier de six pages enthousiaste sur « le forum au 20 000 participants » qui va « mettre Malmö au centre du monde ». Il propose même un plan de la ville avec les sites du forum pour permettre à ses lecteurs de suivre au mieux l’évênement.
Dans Grön Stad , outre la Une, la double page ”actualité” est consacrée au FSE avec de troublantes photos de participants au soleil. Mais où ont-ils trouvé ce soleil ?
Sydsvenskan aussi a fait la une et les pages actu sur le forum, avec des visages radieux de militants venus de toutes la planète (les photos sont prises de nuits. Pas de ciels gris ici !).
Skanska Dafibladet publie un double page avec photos ensoleillées et participants flânant au soleil ou assis au sol, dans un parc, à improviser un débat. Tout cela fait vivant, joyeux, avec des participants en nombre et au soleil.
Commentaire de Jean-Marie, regardant le journal par-dessus mon épaule : « Pour la météo, ils mentent ».
Peut-être avons-nous été trop négatifs hier, dans notre compte-rendu … En tout cas, le coup de pouce à l’altermondialisme et aux mouvements sociaux suédois dans la presse locale est clairement une réussite.

Mathieu

Pour une nouvelle politique agricole et alimentaire

Là encore, ce « séminaire » est issu de la fusions d’ateliers proposés par divers organisateurs. On retrouve Via Campesina Europe, la Plate Forme Européenne pour la souveraineté alimentaire, différentes ATTAC,
FIAN, des ONG diverses… et Rouge & Vert. A l’origine, on avait proposé un atelier avec d’autres forces politiques alternatives européennes (Synapismos, Rouge et Vert Danois) et Via Campesina Europe sur les
élections politiques européennes…

La réunion commence par un très long historique sur la PAC…

Ibrahim Coulibaly, un des responsables des organisations paysannes maliennes, recadre le débat sur la nécessité d’une politique agricole pour développer l’agriculture locale, sans cacher les contradictions
entre monde rural et populations urbaines plutôt friandes d’alimentation importée à bas prix et fait le parallèle avec la politique agricole européenne ( ce qu’elle pourrait être et ce qu’elle ne devrait pas être,
en particulier exporter des commodités à bas prix).
Pour lui, si le Gouvernement a inscrit la Souveraineté alimentaire dans la loi agricole cela a sans aucun doute aidé à prendre des décisions d’urgence devant la crise alimentaire du début 2008 : subventions pour les riziculteurs et protection par rapport aux importations. Du coup la production de riz local a bondi, amortissant localement le triplement du prix sur le marché international. Preuve que la sécurité alimentaire ne passe pas par le marché mondial.

Au nom de Rouge & Vert, je propose de revoir les objectifs fondamentaux de la PAC, pour promouvoir une Politique Agricole et Alimentaire Européenne basée sur la Souveraineté Alimentaire : c’est le moment où
jamais ! Les crises alimentaires, financières, écologiques… L’OMC en jachère… Le débat qui demarre sur la PAC après 2013… Les élections européennes sont une occasion pour changer les fondamentaux. Les diverses listes se réclamant de la gauche ou de l’écologie dans les différents pays membres pourraient sans doute inscrire quelques principes communs dans leurs programmes: procurer une alimentation saine, équilibrée pour toutes et tous ; promouvoir l’emploi en agriculture et le développement rural ; une agriculture respectueuse de l’environnement et de la diversité des écosystèmes ; pour une réelle
coopération internationale.

Cela ne suffira évidemment pas ! Pour que  ces principes se traduisent dans la réalité, les mobilisations sociales seront bien sûr indispensables. Et aussi poursuivre les débats sur les outils à mettre en œuvre. Mais cela permettrait au moins de casser le consensus apparent à Bruxelles et à Strasbourg.
Les expérimentations locales (AMAP, associations d’échanges et de sauvegarde de semences paysannes, les associations foncières…) ne sont pas aidées par la PAC, et même souvent bloquées par l’UE, comme par exemple les contrats d’approvisionnement local en bio des cantines scolaires, illégaux selon
les règles de « la libre concurrence ».
Josie Riffaud, de la Confédération Paysanne, suggère de poursuivre le Forum Social pour la Souveraineté alimentaire initié début 2007 à Nyéléni au Mali, pour échanger les expériences locales en Europe, et définir les politiques qui pourraient permettre leur multiplication…
Un agriculteur Suisse insiste sur la nécessité de mener de front ces niveaux de mobilisation: agir politiquement, nationalement et au niveau de l’UE, pour une autre politique agricole et de l’alimentation ; agir au niveau des organisations agricoles, notamment avec Via Campesina Europe; promouvoir localement les expériences allant dans le sens de la souveraineté alimentaire. De nombreux témoignages ont montré que ces expériences étaient extrêmement nombreuses dans plein de pays européens, sur le mode « agir localement, penser global ».
Donc, on retient le projet de forum “souveraineté alimentaire” en Europe pour prolonger Nyéléni. En revanche, la methode pour influer les programmes des différentes listes aux élections européennes n’est pas encore trouvée: peut-etre cet après-midi a l’assemblée sur la souveraineté alimentaire?

Emile

Le fond et la forme

L’intitulé de cette réunion était riche en promesses d’échanges sur la démocratie radicalisée, voire l’Autogestion : “Démocratie participative et démocratie délibérative”. Grâce à un dispositif typiquement archaïque (une parole doctorale provenant de la chaire, intervention dans un sens unique – de la tribune à la salle-) pour évoquer la démocratie directe et Porto Alegre, le séminaire s’est révélé … particulièrement chiant.

Nathalie


Choses vues dans des couloirs

« J’ai perdu les Russes ». C’est une militante des droits des Tchétchènes – et traductrice français-russe -  qui se lamente.   « j’ai perdu les Russes et on devait avoir un débat ce matin ».
Annie Pourre (No Vox) est à la recherche d’une réunion sur le chômage. Elle est de mauvaise humeur : « ils nous ont mis dans des locaux à 6 kilomètres du forum, sans fléchage. » Elle ajoute : « En plus, quand je suis sortie fumer ma clope, au milieu du débat que j’animais, la porte coupe-feu s’est refermée, je n’ai jamais pu re-rentrer ». Jean-Marie est mécontent : je suis allé à un débat sur les mouvements sociaux, c’était en anglais sans traduction parce qu’on est tous supposés parler anglais. Thomas est mécontent : je suis allé au débat sur les médias. C’était en espagnol parce qu’ils considéraient qu’on parle tous espagnol. Grégoire, de Babels (le réseau de traducteurs bénévoles qui permet à ses forums d’exister)  est mécontent : « il nous manque encore 150 traducteurs ».
Un militant belge est fatigué : je suis allé suivre un débat à Pildammsparken, mais il avait été déplacé à Rosengard, à l’autre bout du forum. Quand je suis arrivé, il n’y avait pas de débat, car tous les intervenants étaient allés Pildammsparken. J’y suis retourné pour les rencontrés mais je suis arrivé trop tard. Cette après-midi, rebelote : je vais à un débat à Rosengard. Je commence à être épuisé.
Une jeune femme à son voisin : « Dis encore une fois qu’on a de la chance parce qu’il pourrait pleuvoir et je te plante là ».
Passe un groupe de russe l’air un peu perdu.

Mathieu

Autodéfense

Cela peut sembler incroyable, mais nous avions décidé d’aller suivre un séminaire intitulé “Islam politique, mondialisation, droits des femmes et conflit international”… jusqu’à l’annonce que les intervenants, suédois et turcs, ne seraient pas traduits ! Changement de cap : “Ne pas se laisser faire ! Auto-défense féministe”.

Réticentes pour des raisons différentes, l’atelier fut une expérience enrichissante et même plaisante pour toutes les deux. Imaginez d’une part, une non-violente qui se plaît à frapper aussi fort qu’elle peut et d’autre part, une jeune militante convaincue que la cause féministe ne peut pas seulement être abordée entre femmes remercier les animatrices d’atelier d’en avoir exclu les hommes !

L’atelier rassemblait donc une cinquantaine de femmes dont la moyenne d’âge avoisinait la vingtaine, assises en cercle et en chaussettes. Deux jeunes femmes de Ung Vänster (La Jeune Gauche Suédoise) nous ont présenté les trois piliers de l’autodéfense féministe dont l’origine remonte aux années 70 aux Etats-Unis, à savoir :
- “Knowledge” : l’importance de la prise de conscience de l’illégitime mais bien réelle domination masculine
- “Readiness to act” : la nécessité d’être préparée à réagir personnellement et agir collectivement
- “Sisterhood” : la “Soeurité”, solidarité nécessaire entre toutes les femmes face aux diverses formes d’oppression.

Nous sommes ensuite passées à l’expérimentation en commençant par un exercice de sensibilisation au langage du corps : posture, appropriation de l’espace et confiance en soi. Nous avons enchaîné sur le moment le plus spectaculaire bien que n’étant pas le plus important d’un point de vue théorique : l’identification des points faibles d’un éventuel agresseur (et donc des nôtres… Tenez garde haute mesdames !) et l’apprentissage des coups correspondants. Last but not least, les animatrices ont soulevé combien le fait de crier “NON !” (en l’occurence “NEI !”) est essentiel. Pour deux raisons, la jurisprudence a montré qu’une femme ayant verbalisé son refus obtenait plus facilement gain de cause ; et  le fait de pousser un cri déclenche une montée d’adrénaline qui augmente la force physique. D’autre part, nous étions toutes invitées à accompagner de notre cri celle qui s’entraînait aux techniques de frappe, et curieusement nous avons alors ressenti cette “soeurité”, concept qui nous avait laissées perplexes.

Avouons-le, nous avons presque envie de proposer cet atelier à nos camarades au retour. Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, vous laisserez-vous tenter ?

Rachel et Blandine

Triste nordique

septembre 18, 2008

L’ouverture du 5eme Forum Social Européen s’est fait sous un ciel triste et gris. Une bien petite foule réunie dans le Folketspark a suivi une série d’interventions sur les 10 axes qui seront déclinés durant les 5 jours du forum : les services publics et le bien commun ; l’écologie (du climat à la souveraineté alimentaire) ;  une Europe ouverte et égalitaire ; le féminisme et les questions de discriminations ; la Paix ; les droits sociaux ; les alternatives économiques ; la culture, l’éducation et les médias ; le racisme et les droits des immigrés ; les mouvements sociaux. Pour l’instant, l’ambiance dans la ville est un peu étrange ; elle semble vivre à son rythme normal, comme s’il n’y avait pas de forum. Pourtant, on croise à chaque coin de rue, des figures européennes de l’altermondialisme. Le forum commence très progressivement et le faible nombre d’inscrits (seulement 6 000) n’inquiète pas outre mesure le comité d’organisation nordique, persuadé que les suédois et les danois viendront en nombre durant le week end. Durant les réunions préparatoires, l’annonce du nombre réduit de salles disponibles avait inquiété tous les organisateurs européens. Cette situation avait entraîné un gros travail de fusion des propositions d’ateliers. Cependant, à la lecture d’un programme bien plus réduit que lors des autres forums, on retrouve bien toutes les thématiques altermondialistes. On en est pour l’instant à la spéculation ; nous verrons dès demain ce qu’il en est de la teneur et de la qualité des débats. Après un long voyage en voiture depuis Paris (empreinte écologique oblige), notre délégation a pris ses marques aujourd’hui à la fois dans la ville et dans le forum. Nous avons épluché le programme et nous nous sommes répartis la participation aux ateliers en essayant de couvrir les thématiques les plus chères aux alternatifs. Välkommen till det femte Europeiska Sociala Forumet i Malmö !

Nathalie et Mathieu

Une poignée de photos de cette cérémonie tristouille :


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.